Ours, récit d’une rencontre
Juin 2022, nous partons tenter de réaliser un rêve commun, un rêve de gamin et de copains.
On parle de l’Ours entre nous presque depuis que l’on se connaît, et depuis plusieurs années on se le dit : on prend la voiture, des pâtes, des fruits secs, les jumelles et des fringues qui ne craignent rien et on va se planter dans les forêts Slovènes pour voir un Ours.
Et ce matin on y est, après un faux départ en 2020 cette fois nous voilà sur place. La veille nous avons repéré une clairière, des points d’eau et de multiples traces, les ours semblent partout ici. Nous voilà, dans la nuit encore bien noire et sous une petite pluie fine, assis au bord d’une clairière à attendre fébrilement. Parce que pour nous, petits gars de l’Est de la France, se balader dans une forêt peuplée d’Ours c’est quelque chose, un bon de 200 ans en arrière, à une époque où ceux-ci arpentaient encore le Jura.
Et franchement ce premier affût…bah il n’est pas top. Ça caille. Les cerfs nous repèrent à chaque fois. Notre promontoire ne permet pas de faire de belles photos. Le sol en pente nous fait glisser sans cesse. Bref, on sent bien que ce premier choix n’est pas aussi judicieux que prévu. De 5h du matin à 8h nous tenons nos positions puis : bon, balade et café ? Allez.
500 mètres plus loin nous faisons une belle observation de cerf près d’un petit point d’eau puis nous décidons de rebrousser chemin en direction de la voiture et du saint café.
Après un premier affût jusqu’à 8h du matin, nous partons fureter dans les alentours dans l’espoir de trouver une nouvelle place d’affût avant de retourner à la voiture s’envoyer un bon café ...
Assez naturellement nous avons choisi de marcher l’un derrière l’autre, celui menant la marche choisissant judicieusement où poser les pieds pour faire le moins de bruit (photo 5). Le second marchant dans les traces du premier. Je suis donc Quentin en me disant que quand-même, il y a peut-être des ours mais la forêt est salement exploitée. Mais ok, il y a des ours.
Quand Quentin se fige soudain, je comprends qu’il faudra attendre encore un peu pour le café. Il articule une phrase à peine intelligible mais qui comprend au moins les mots « ours dans le versant ». Nous nous agenouillons sur le chemin, et mon acolyte m’explique qu’un Ours assez gros marche dans le versant à 200 mètres devant nous. Quelques instants plus tard, un de nos plus grand rêve naturaliste se réalise, un Ours brun, un vrai, marche en forêt devant nous, humant l’air et retournant des rochers à la recherche de fourmis. Nous prenons le temps de l’observer durant de longues minutes (photo n°1). Sans verser dans la niaiserie je dois bien avouer que c’est intense… En fait même un peu trop car Quentin se tourne vers moi et dis « me suis bloqué le dos, trop crispé ». L’ours s’est dérobé à nos yeux mais le chemin longe le versant jusqu’à notre véhicule et nous espérons bien l’apercevoir plus loin. A ce moment-ci naturellement nous n’imaginions pas qu’en effet nous allions l’apercevoir mais qu’en plus cela n’allait pas arranger le blocage de dos de Quentin.
En rentrant à la voiture nous nous arrêtons devant un petit layon entre deux rangées d’épicéas qui descend le versant jusqu’au chemin, imaginant que nous pourrons probablement apercevoir l’Ours quand celui-ci le traversera. Nous préparons nos appareils et l’Ours effectivement arrive dans le layon. Mais comme les choses ne se passent jamais vraiment comme il se doit dans ce genre de situation, le cher plantigrade oblique dans notre direction et commence sa descente (photo n°2). Le nez dans les objectifs nous immortalisons le moment quand soudain : « heuuu doucement pépère ». Je lève les yeux, Quentin s’est redressé à mes côtés. Merde, l’ours est là, de l’autre côté du chemin, à 5 mètres de nous. Pourtant nous nous étions bien dit que nous éviterions autant que possible ce genre de situation mais voilà, lui n’avait visiblement pas lu les consignes de sécurité. Et vu nos physiques de chips il ne semble pas avoir intégré qu’il a devant lui deux représentants de l’espèce la plus dangereuse sur terre. Bien entendu sur le coup nous oublions un peu notre statut de super-prédateurs. Quentin me fait comprendre que cette fois son dos est parfaitement hs. Nous parlons posément à l’ours afin de ne pas l’affoler : « tout va bien pépère ! On s’en va tranquille ! Tout va bien ». Et nous reculons lentement afin de mettre un peu de distance entre lui et nous. Mais le pépère semble apprécier notre compagnie et décide de faire un bout de chemin avec nous. « Gros, tu as ta bombe à poivre ? ». Petit excès de confiance du matin qui ne nous avait fait embarquer qu’une bombe sur deux, je ne balance pas qui avait laissé la sienne dans la voiture…
Fort heureusement son usage sera parfaitement inutile, après une vingtaine de mètres en notre compagnie, notre Ours, - oui je dis notre ours, après un tel moment d’intimité je me permets quelques familiarités – se perche sur une souche et nous observe pendant de longs instants (photo n°3). Le cœur se calme, nous profitons de vrais échanges de regards avec cet animal fantastique et il retourne à sa forêt.
« ça va le dos mon vieux ? Ouais, petit café ? ».
Cela fait plus de trois ans que nous avons vécu ce moment incroyable et il m’a fallu le raccourcir grandement pour n’en faire que quelques lignes mais je souviens de chaque instant. Je me souviens du goût du café, des cailloux du chemin sous mes genoux, de la démarche chaloupée et sereine de l’ours, de l’excitation extrême, de l’euphorie et même de la petite panique qui m’a étreint quelques heures après (merde j’ai été à 5 mètres d’un ours et il m’a suivi). Après trois ans, tout est net, gravé dans nos têtes. Une photo de l’ours habille un mur chez Quentin et une sculpture en bois représentant l’ours sur sa souche trône sur une étagère chez moi (photo n°4), idoles à la gloire d’un des moments les plus forts de notre vie naturaliste.
Un moment partagé entre potes et ça, ça n’a pas de prix.
Cet individu est issu d'une petite population de Rosalie des Alpes située dans un fond de vallée du massif jurassien. Cette espèce affectionne le bois mort et trouve dans les tas de bois des jardins, des sites de ponte propices. Malheureusement, ces sites sont généralement détruit en hiver lors de l'utilisation des buches en bois de chauffage.
Ain, Juillet 2019
Une Loutre ? Non un Apollon. Nous avions prévus de consacrer avec un ami naturaliste, une semaine à fouiner et affûter les rives du Tarn pour observer la Loutre et éventuellement faire quelques images.
A notre arrivée, un épisode pluvieux intense anéanti radicalement nos espoirs d'observer le mustélidé (plus de 200mm en 24h). Nous réadaptons le programme. Un mal pour un bien. L'avifaune et l'entomofaune nous en mettent plein les yeux. Un Apollon qui passe devant la voiture. Et nous voila quelques heures à courir dans les rocailles pour figer ses déplacements.
Lozère, Mai 2020
Site internet de l'ami naturaliste en question :
https://quentin-ducreux.jimdosite.com/
Assis dans une ceinture d'hélophytes au bord d'un étang pour photographier l'Aeschne mixte (une libellule), j’aperçois sur la rive d'en face, une silhouette pouvant être celle d'un ragondin. La silhouette dérive lentement au milieu d'un groupe de canards dans ma direction. A son approche, sa silhouette m'interpelle. A mon plus grand étonnement, les jumelles aux yeux, il s'agit d'un chat sauvage. Il accostera à quelques mètres de moi.
Moselle, Août 2020
La neige est là ! Nous nous donnons 4 jours avec un ami naturaliste pour pister et affûter le Lynx dans le Jura. Le premier jour, une piste toute fraiche est trouvée. Elle nous amène dans une étroite clairière forestière avec une vue dégagée sur la vallée. Sur une lisière, nous nous installons bien au chaud dans notre sac et nous nous oublions. Le crépuscule s'installe tout doucement. Il est 17h00, un chevreuil aboie, puis 1 à 2 minutes plus tard un Lynx feule. Une prédation peut-être ? Nous revenons très tôt le lendemain pour poursuivre les traces. Douze grands corbeaux nous survolent et plongent dans la forêt à l'endroit même ou le Lynx a feulé la veille. Il n'y a plus de doute. Nous fouinons dans le sous bois et débusquons un cadavre de chevreuil planqué sous un If. C'est parti pour un affût de 7h sous la pluie. Il est 15h00. Un rayon de soleil perce enfin les nuages. La neige craque, quelques chose approche. Un Lynx se dirige vers la proie. Il marque une pause à quelques mètres de nous.
Jura, février 2019.
Toutes les conditions météorologiques sont réunies pour aller observer les blaireaux. Je saute dans ma voiture et file sur le terrier le plus proche où j’ai l’habitude de passer mes soirées. 18h30, je m’installe dans une pente inconfortable pour tenter de nouveaux cadrages. 18h36 les adultes sortent (bien plus tôt que d’habitude) et s’accouplent pendant plus d’une heure à 10 mètres de moi. Une scène de vie unique que j’aurais pu manquer à quelques minutes près.
Moselle, juin 2018
En faisant du repérage la veille, j'ai observé un groupe de Tétras lyres en parade sur une grande clairière enclavée dans la taïga. Je m'installe avant l'arrivée des Tétras lyre dans un fossé profond et je me couvre de mon filet. Il pleut, il neige, une brève éclaircie, puis rebelote, le temps n'arrête pas de changer. Des Grues trompettent sur une tourbière proche, le Tarier des prés affute sur des rejets de saules, les Chevaliers Sylvain et les Bécassines des marais paradent. Un festival de chants et d'observations. Les premiers tétras se posent sur leur leck à une vingtaine de mètres de moi. Les parades commencent timidement mais seront vites perturbées par l'arrivée d'un Hibou des marais en chasse.
Suède, Comté de Västerbotten, Mai 2019